1. “La Chasse aux lions” d’Eugène Delacroix (1854-1855)
Située dans la grande galerie du XIXe siècle, cette toile monumentale (3,15 m × 4,15 m) attire le regard par la vitalité de sa composition. La salle lui offre un recul rare, permettant d’embrasser l’ensemble du mouvement. La lumière naturelle, filtrée par de grandes baies, rehausse les couleurs chatoyantes des fauves et des drapés.
- L’emplacement, central dans le parcours, invite à la contemplation prolongée.
- La scénographie privilégie l’isolement du tableau sur un mur ocre, accentuant la tension dramatique de la scène.
- L’espace autour laisse place à une circulation fluide, évitant toute encombrement, élément crucial pour cette composition dynamique.
Cette mise en scène fait écho à la réflexion muséographique contemporaine : donner du souffle aux œuvres majeures et éviter la profusion qui dilue leur impact (Source : Musée Fabre, catalogue 2016).
2. “Portrait de François-Xavier Fabre” par Ingres (1809)
Plus intime, ce tableau trouve sa place dans une salle latérale où la lumière, tamisée, invite à la concentration. Le cadrage resserré, presque confidenciel, fait écho à la mission originelle de Fabre : offrir un lieu où les artistes du temps pourraient dialoguer à travers les siècles.
- Les matières sobres du mobilier – bois sombre et murs gris perle – favorisent une expérience dépouillée, recentrée sur le visage du fondateur et la transparence du regard que lui prête Ingres.
- L’accrochage à hauteur d’yeux crée une densité, un rapport direct et presque charnel avec le visiteur.
3. Les œuvres de Frédéric Bazille : lumière, modernité et ancrage territorial
L’hommage à Frédéric Bazille, enfant du pays, rythme la visite. Ses tableaux impressionnistes (dont “La réunion de famille”, 1867, et “Le petit atelier de la rue Visconti”, 1866) occupent une salle fleurant la lumière naturelle. Ici, la scénographie joue la carte d’une clarté méditerranéenne : larges ouvertures, murs blancs, absence de chichi.
- Cette disposition évoque la modernité de son coup de pinceau et l’ouverture de l’école montpelliéraine sur les avant-gardes parisiennes.
- Les œuvres sont espacées pour favoriser le dialogue visuel, chaque toile gagnant ainsi en lisibilité et en vibration.
4. Une expérience singulière : les salles Soulages
À l’orée de l’espace contemporain, les salles dédiées à Pierre Soulages contrastent avec l’ensemble classique du musée : lumière contrôlée, murs blancs où les “Outrenoir” résonnent dans la pénombre. Ici, l’acoustique – un silence épais, ciblé – isole l’œuvre, permettant une immersion sensorielle.
- Le béton ciré au sol répond à la monumentalité des toiles, en accentuant leur matérialité.
- La séparation nette entre lumière diffuse et zones d’ombre accentue l’émergence du noir.
Plus qu’un simple accrochage, la mise en espace des œuvres de Soulages érige l’expérience de la contemplation en quasi-méditation. L’espace fonctionne à la fois comme un écrin neutre et un amplificateur de sensations, une démarche rare dans les musées français avant les années 2000 (Source : Entretien avec Pierre Soulages, “Fabre Magazine”, 2019).