Le Musée Fabre, situé en plein cœur de Montpellier, est l’un des grands musées d’art de France, à la fois institution patrimoniale et laboratoire d’expérience contemporaine. À travers ses volumes clairs et ses circulations parfois surprenantes, il propose plus qu’un simple accrochage d’œuvres : une déambulation dans une succession d’ambiances architecturales, où le regard, le corps et l’imaginaire sont tour à tour sollicités. Dans ce guide, il ne s’agit pas seulement de conseiller un ordre de visite, mais bien d’aider à comprendre ce que la structure du lieu invite à ressentir, à voir, à vivre. Explorer le Fabre, c’est apprendre à lire les traces du XIXe siècle dans la pierre comme les gestes d’architecture du XXIe ; c’est expérimenter la densité des collections, la lumière apprivoisée ou la résonance feutrée des salles. Ce texte propose des parcours adaptés à différents publics, quelques clés pour s’orienter et, surtout, une invitation à saisir la puissance discrète des espaces qui font du Fabre un musée singulier.
Introduction : Sous la lumière du Musée Fabre, un parcours d’expériences
L’identité architecturale du musée Fabre : une rencontre fertile entre l’ancien et le contemporain
Implanté sur la place de la Comédie, le musée tire son origine du legs qu’en fit, en 1825, le peintre François-Xavier Fabre, montpelliérain d’origine et académicien. Sur ce socle, le site n’a jamais cessé de se transformer : d’abord logé dans l’hôtel de Massillian puis étendu à l’ancien collège des Jésuites, il vit en 2007 une métamorphose majeure conduite par les architectes Brochet-Lajus-Pueyo. Ces derniers ont réinterprété l’ensemble dans un subtil dialogue entre éléments historiques (voûtes, escaliers, murs porteurs) et architecture contemporaine épurée. Les ajouts – patios lumineux, vastes allées, murs diaphanes – sont autant d’invitations à la traversée, pensés pour magnifier la rencontre entre œuvres, visiteurs et lumière naturelle.
- Surface : Plus de 9 200 m² d’espaces d’exposition (source : Musée Fabre).
- Typologie des espaces : Grands plateaux, salons du XIXe, salles muséographiées, patios, jardins d’ombre.
Au fil de la visite, on distingue l’empreinte de chaque époque : la noblesse des proportions classiques du bâtiment principal, l’ascétisme tranquille des extensions modernes. Les transitions sont marquées, parfois abruptes, cultivant une forme de dramaturgie de l'espace : le public passe du clair-obscur intimiste des galeries anciennes à la blancheur éclatante des cabanons contemporains. Le musée, loin de niveler ses histoires, met en scène leur dialogue – parfois leur friction. Ce jeu de ruptures et de continuités dessine une expérience spatiale jamais monotone.
Repères pour naviguer : s’orienter dans le musée Fabre
Le Fabre ne se laisse pas dompter dès le premier regard. Sa géographie suit les entrelacs d’un bâtiment composite : on y trouve de longues perspectives, des escaliers presque secrets, et des passages qui s’élargissent soudain en salles aux volumes inattendus. Ce sentiment de dédale participe du charme du lieu, mais il requiert quelques astuces d’orientation.
- L’entrée principale, accessible depuis le boulevard Bonnes-Nouvelles, distribue :
- La billetterie, vestiaire et hall d'accueil : volumes translucides, lumière zénithale, mobilier minimaliste.
- L’entrée dans les collections permanentes, via le grand escalier central.
- L’accès aux expositions temporaires, souvent situé à l’opposé du flux principal.
- Le plan du musée, remis à l’entrée (et téléchargeable ici), balise de manière claire les différents circuits par époques et collections.
- Des dispositifs de signalétique discrets, intégrés aux murs, guident l’orientation sans pesanteur visuelle.
À savoir : le rythme de visite peut, par endroits, sembler ralenti par la nécessité d’emprunter des escaliers, des niveaux décalés, quelques passages étroits. C’est le prix d’une intégration respectueuse du bâti originel. Les personnes à mobilité réduite peuvent compter sur des ascenseurs dédiés, aménagés lors de la rénovation de 2007.
Quels parcours privilégier au Musée Fabre ? Trois scénarios d’exploration optimisée
1. Le parcours chronologique : lecture de l’histoire de l’art et de l’histoire du lieu
Pour découvrir la cohérence des collections, le parcours chronologique reste une approche féconde. Le musée, du rez-de-chaussée jusqu’aux salles supérieures, déroule un fil historique du Moyen Âge au XXIe siècle.
- Moyen Âge et Renaissance : au rez-de-chaussée, dans les anciennes salles voûtées, la pierre brute offre un contraste saisissant avec la finesse des œuvres (Belbello da Pavia, XVIe siècle).
- Le Grand Siècle français : salons de l’aile ancienne, lumière douce, boiseries sobres. Œuvres de Natoire, Coypel, Rigaud – et la fameuse collection des nabis (Bonnard, Vuillard) rassemblée par Bazille et ses pairs.
- Le XVIIIe et XIXe siècle : espaces élargis, circulation plus fluide. Œuvres phares de Delacroix et Courbet, et surtout les salles consacrées à la donation Fabre, où le regard se promène dans une alternance de salons classiques et de galeries aux vitrines généreuses.
- Art moderne et contemporain : extension lumineuse, où la scénographie s’autorise des audaces d’accrochage sur fond blanc. Un accent mis sur les artistes régionaux (auxquels une salle entière est dédiée) et les figures nationales (Soulages, Combas). À noter : la grande galerie Jean-Pierre Blanchet a été pensée comme une nef baignée de lumière naturelle, qui magnifie les œuvres monumentales.
2. Le parcours thématique : lire les espaces à travers la lumière, la couleur, le silence
Adopter une logique thématique permet de donner du sens à l’expérience architecturale elle-même. Trois thèmes peuvent structurer la visite :
- Lumière et transparence : explorer les patios, galeries vitrées, salles baignées de la lumière changeante du sud. Observer comment les œuvres dialoguent avec les rayons naturels, comment la scénographie module l’intensité lumineuse pour révéler détails ou profondeurs.
- Silence et acoustique : la façon dont la matière (pierre, verre, bois) module le ressenti sonore. Certains espaces invitent à la contemplation profonde (la salle Soulages, où le silence absorbe le moindre pas ; la galerie des dessins, feutrée, presque monacale).
- Couleur et perspective : depuis le hall jusqu’aux anciens salons, suivre le fil chromatique : les rouges profonds des murs historiques, les blancs laiteux des ailes modernes, les bleus sourds de certaines salles consacrées à la peinture baroque.
3. Le Fabre en famille ou pour débutant
- Le parcours des chefs-d’œuvre : indiqué sur les plans, il privilégie la découverte d’une vingtaine de tableaux sélectionnés par la conservation, dans un circuit d’1h30 environ. Ce format favorise une circulation efficace, adaptée aux enfants ou visiteurs pressés.
- Les dispositifs participatifs et multimédias : le musée déploie des cartels interactifs, des supports numériques, et même quelques jeux pour capter l’attention des plus jeunes (notamment dans l’aile contemporaine).
- Le jardin du musée : prolongement à ciel ouvert, propice à une pause sensorielle ou à la découverte de sculptures monumentales.
Moments et ambiances : choisir le bon temps de visite
La perception de l’espace évolue au gré de la fréquentation et de la lumière. Voici quelques repères :
- Matin (10h-12h) : Affluence modérée. La lumière, rasante, sublime le volume des salles anciennes. Moment idéal pour le recueillement dans la galerie Soulages ou face aux portraits de Bazille.
- Après-midi (13h30-16h) : Fréquentation variable selon la saison ou les jours d’entrée gratuite. L’après-midi, le flux de groupes est plus dense, mais l’expérience change : certaines salles, animées de murmures, deviennent un espace social, propice à la circulation de regards croisés sur les œuvres.
- Soirées spéciales : Le musée organise fréquemment (surtout durant la saison estivale) des nocturnes, ateliers, visites commentées, concerts. L’atmosphère se transforme : l’espace, moins statique, invite à des formes de médiation participative et renouvelée (sources : site du musée Fabre).
Conseils pour maximiser l’expérience architecturale
- Prendre le temps du seuil : l’entrée centrale offre, en traversée, un crescendo de lumière et de volume. Arrêter son regard sur la rampe principale, percevoir le contraste entre le mat du béton contemporain et la douceur des pierres blondes.
- Lever les yeux : nombre de salles recèlent des plafonds inattendus, moulurés ou à caisson, guettant la lumière indirecte. La verticalité, parfois discrète, enrichit la densité de l’expérience spatiale.
- Traverser les patios : passages essentiels entre deux mondes, ceux-ci introduisent une respiration, une transition lumineuse, un effet de seuil toujours renouvelé.
- Naviguer sans plan, volontairement : se perdre n’est pas toujours un inconvénient. La surprise d’un changement de perspective, l’émergence soudaine d’une œuvre monumentale, forment la part d’émerveillement propre à ce musée.
Quelques œuvres à ne pas manquer : repères dans l’espace
| Œuvre / Artiste | Localisation | Particularité de l’espace |
|---|---|---|
| “La Réunion de famille” – Frédéric Bazille | Salle Bazille (aile XIXe) | Pierre claire, lumière diffuse, atmosphère intimiste propice à la contemplation |
| “Les Baigneuses” – Courbet | Espace XIXe | Volumes larges, accrochage cadré, mise en valeur du mouvement pictural |
| Polyptyque – Soulages | Galerie Soulages | Nef moderne, lumière blanche, silence acoustique absorbant |
Services et outils pratiques : préparer sa visite
- Billetterie : Achat en ligne conseillé, coupe-file possible (notamment en période d’expositions majeures).
- Horaires : Le musée est ouvert tous les jours sauf le lundi, sur une large amplitude (10h-18h, hors événements).
- Accessibilité : Ascenseurs, fauteuils roulants disponibles, accompagnement adapté sur demande.
- Visites guidées : Proposées chaque semaine, adaptées à différents publics (offre signalée sur le site officiel). Fréquentation plus élevée lors des matinées scolaires.
- Pause possible au Café du Musée, situé dans une aile baignée de lumière, avec terrasse sur jardin pour prolonger la visite face à quelques sculptures modernes.
Vers une expérience renouvelée du musée Fabre
Explorer le musée Fabre ne se réduit pas à la contemplation d’une succession d’œuvres ; c’est, plus profondément, s’immerger dans un système d’espaces pensé pour orchestrer la rencontre entre public, architecture et création. Que ce soit à travers un parcours chronologique, thématique ou sensoriel, chaque visite propose une expérience renouvelée – où la lumière, le silence, la matière et les perspectives font dialoguer passé et présent. Et ce sont précisément ces moments de bascule, ces ruptures et continuités, qui donnent à la visite sa saveur unique : un musée où la scénographie du lieu devient œuvre à part entière, offerte au regard et aux pas de chacun.
Pour aller plus loin
- Le Musée Fabre : cœur battant de la vie artistique montpelliéraine
- Explorer le Musée Fabre : Comment les collections permanentes donnent à voir et à comprendre l’art régional
- Visiter, comprendre, ressentir : immersion dans les musées d’art de Montpellier et de l’Hérault
- Les grandes expositions temporaires du Musée Fabre : dynamique et empreinte sur la vie culturelle montpelliéraine
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