Un lieu, une histoire : naissance d’un musée emblématique

Au cœur de Montpellier, le Musée Fabre n’est pas seulement un musée ; il incarne un chapitre vivant de l’histoire culturelle de la ville et du département. Situé entre la place de la Comédie et le quartier des Beaux-Arts, il occupe un ensemble architectural ancré dans le paysage depuis plus de deux siècles. Fondé en 1825 à l’initiative de François-Xavier Fabre, peintre et collectionneur montpelliérain, le musée est né de la volonté de faire dialoguer patrimoine local et ambition universelle. Sa création répondait déjà à un double désir : donner un écrin à la riche tradition artistique de la région et offrir à la ville une ouverture sur la scène artistique européenne.

Le musée n’a cessé de s’étendre, épousant l’évolution urbaine de Montpellier tout en affirmant son identité propre. La donation initiale de Fabre et l’esprit de générosité qui la soustendait ont guidé les politiques d’enrichissement des collections, tissant des liens étroits entre le musée et ses publics. L’articulation subtile entre mémoire patrimoniale et ouverture contemporaine imprègne encore aujourd’hui chaque recoin de ses galeries.

Une architecture en dialogue avec son temps

L’expérience du Musée Fabre commence avant même de franchir ses portes. La silhouette du bâtiment, résultat de multiples agrandissements et rénovations — la plus remarquable étant celle de 2007 confiée à l’architecte Brochet-Lajus-Pueyo — marie l’ancien et le moderne avec une rare intelligence spatiale. Les façades XVIIIe et XIXe rappellent l’ancrage dans l’histoire de la ville, tandis que les volumes contemporains invitent le visiteur à une déambulation rythmée par la lumière naturelle. Matières anciennes (pierre blonde, boiseries) et surfaces épurées (béton, verre) dialoguent sans heurts.

Cette circulation maîtrisée n’a rien de purement fonctionnel : elle influe sur l’expérience de la visite. On éprouve un véritable plaisir à traverser les vastes galeries en enfilade, à s’arrêter dans des alcôves baignées de lumière zénithale, à surplomber la ville depuis certaines perspectives. Cette variété d’ambiances architecturales est l’une des grandes forces du Musée Fabre : elle autorise des narrations multiples, favorisant la découverte et la contemplation.

Richesse et diversité des collections : un panorama européen

Ce qui distingue le Musée Fabre, c’est l’étendue et la qualité de ses collections. Avec près de 900 œuvres exposées et plus de 8 000 en réserve (source : site officiel Musée Fabre), il se place parmi les plus grands musées de région en France. Son parcours englobe un vaste arc chronologique – du Moyen Âge à nos jours – permettant de relier écoles, styles et territoires artistiques :

  • Peinture flamande et hollandaise : œuvres des écoles du Nord (Rubens, Teniers, Ter Brugghen) illustrant la virtuosité du XVIIe siècle.
  • École française classique et romantique : De Nicolas Poussin ou Laurent de La Hyre à Delacroix et Géricault, le musée offre un panorama sans équivalent hors de Paris.
  • L’art moderne et les avant-gardes : Courbet, Bazille (fils du pays), Monet, Redon, Soulages… Le musée propose une lecture fluide de la modernité picturale.
  • Sculptures et arts graphiques : Auguste Baussan, Jean-Antoine Houdon, mais aussi des fonds de dessins rarement offerts au public, enrichissent la diversité du parcours.

Ce parcours dense ne se résume pas à un simple inventaire. Il tisse une histoire cohérente de l’art européen, mais sans ignorer la singularité du bassin méditerranéen, où la lumière et les couleurs influencent depuis toujours la création. La salle Bazille, cœur de la collection impressionniste, expose par exemple « La Réunion de famille » (1867-68), tableau majeur qui évoque à la fois l’intimité montpelliéraine et l’ouverture à l’expérience parisienne.

Scénographie et circulation : une expérience sensible de l’espace

L’une des qualités majeures du Musée Fabre tient dans l’attention portée à la scénographie. La disposition des œuvres, la modulation de la lumière, la signalétique discrète, tout concourt à la valorisation du dialogue entre les pièces exposées. On perçoit, au fil des salles, un savant équilibre entre densité et respiration. Certaines galeries favorisent la contemplation solitaire (on pense à la salle Soulages, véritable écrin de lumière et de silence), tandis que d’autres encouragent l’échange et la flânerie collective.

La transformation opérée lors de la rénovation de 2007 a permis l’introduction de nouveaux itinéraires, adaptés à différents rythmes de visite. Un vaste espace central, le forum d’entrée, fonctionne comme un point de départ et de circulation : il accueille les publics, les oriente, favorise la rencontre. Des ateliers ouverts sur la ville, des salles d’expositions temporaires à circulation libre et une librairie lumineuse viennent compléter l’offre, tissant des ponts entre exposition, médiation et expérience quotidienne.

Programmation et rayonnement : un musée acteur du territoire

Le Musée Fabre n’est pas un espace figé dans la contemplation du passé. Son rôle central se traduit par une programmation ambitieuse, attentive à la fois aux grands courants internationaux et à la scène locale. Chaque saison, des expositions temporaires d’envergure suscitent la curiosité, tout en invitant les publics à relire les œuvres permanentes à l’aune de nouveaux enjeux (source : La Gazette de Montpellier).

  • En 2023, l’exposition « Elisabetta Sirani, femme peintre à Bologne au XVIIe siècle » a permis de découvrir une figure féminine longtemps restée dans l’ombre, tout en interagissant finement avec les collections permanentes.
  • La présence régulière d’expositions sur Soulages, Courbet ou même Frida Kahlo ancre Montpellier dans le circuit national et international.

La dimension éducative et inclusive du musée ne saurait être oubliée : ateliers pour enfants, conférences, parcours sensoriels, visites en langues étrangères ou adaptées au handicap font partie intégrante de la programmation. Ce volet de médiation, loin d’être secondaire, participe à la dimension vivante, évolutive du Musée Fabre. Chaque visite, chaque atelier, chaque rencontre vient nourrir un dialogue entre générations et sensibilités.

Un ancrage territorial fort : fédérer, rayonner, dialoguer

Au-delà de ses murs, le Musée Fabre occupe un rôle fédérateur dans le paysage culturel local. Il travaille de concert avec de nombreux partenaires – musées de l’Hérault (Paul Valéry à Sète, Musée Fleury à Lodève), écoles, compagnies d’art vivant, artistes du territoire – et participe à de grandes manifestations, comme la Nuit européenne des musées ou les Journées du Patrimoine. Sa capacité à accueillir des résidences d’artistes, organiser des colloques, prêter des œuvres à l’échelle régionale ou nationale atteste de sa volonté de décloisonner les disciplines et de tendre la main à tous les publics (cf. France Bleu).

Ce rayonnement n’est pas qu’institutionnel : il se traduit aussi dans l’imaginaire collectif. Pour nombre d’habitants, le Fabre demeure bien plus qu’un musée : il est un repère familier, un lieu de rendez-vous, de transmission, de fierté partagée. La place qu’il occupe dans le paysage de Montpellier (proche du Corum, de l’Opéra Comédie, du Pavillon Populaire) fait de lui l’un des pôles structurants de l’expérience culturelle locale, où l’art s’insère naturellement dans la vie urbaine.

Chiffres clés et anecdotes : témoins d’une institution majeure

Année de création Nombre annuel de visiteurs (2022) Œuvres exposées Surface d’exposition Nombre de médiateurs
1825 200 000* (dont 40 000 scolaires) 900 environ 9 200 m² 25 médiateurs/animateurs

* Chiffres fournis par la ville de Montpellier et la presse régionale (Midi Libre, 2023).

  • Le musée a fermé ses portes entre 2003 et 2007 pour une rénovation complète, étape décisive qui lui a permis de multiplier sa fréquentation par deux à la réouverture.
  • Avant cette refonte, la scénographie des collections permanentes n’avait pas connu de refonte majeure depuis plus de 70 ans.
  • Un fonds exceptionnel consacré à Pierre Soulages fait du Fabre un lieu de référence pour la compréhension de l’œuvre du maître de l’abstraction.
  • Le musée possède l’une des rares salles d’exposition temporaires de cette ampleur en province, permettant d’accueillir des événements d’ordre international.

Le Musée Fabre, entre héritage et avenir

Ce qui fait la centralité du Musée Fabre dans la scène artistique montpelliéraine, c’est avant tout cette capacité à entrecroiser le passé et le présent, l’intime et l’universel. À travers ses murs, on traverse non seulement l’histoire de l’art, mais aussi celle d’une ville, d’une région. Loin de figer les œuvres dans un musée du souvenir, le Fabre propose une expérience vivante, changeante, au fil de sa programmation et de son dialogue avec la cité.

Alors que Montpellier continue de grandir, le Musée Fabre demeure un point d’ancrage, une invitation à ouvrir des portes sur d’autres mondes, d’autres sensibilités. La centralité du lieu ne se mesure pas seulement en nombre de visiteurs ou en réputation institutionnelle : elle se joue, chaque jour, dans la qualité de l’accueil, dans l’attention portée à l’espace, dans l’ambition de partager l’art avec le plus grand nombre. Que l’on vienne s’initier, se ressourcer ou s’émouvoir, le Fabre reste une promesse : celle d’une culture vivante, proche, incarnée, au cœur d’un paysage en constant mouvement.

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