Situé au cœur de Montpellier, le Musée Fabre est bien plus qu’un temple de l’art ancien et moderne : il constitue un véritable organisme vivant au sein duquel l’espace lui-même devient outil de médiation. Fondé en 1828, profondément repensé après sa vaste rénovation de 2003 à 2007, le musée s’ouvre aujourd’hui comme un ensemble de volumes lumineux, de matières sensibles (bois, pierre, verre), et une circulation fluide entre patrimoine et création contemporaine. Depuis plus d’une décennie, la programmation des expositions temporaires du Musée Fabre occupe une place centrale dans la stratégie culturelle de la Métropole, jouant un rôle considérable dans la fréquentation et la perception de la culture sur le territoire.
L’ancrage du Musée Fabre dans le paysage culturel montpelliérain
L’exposition temporaire : une programmation conçue comme événement
Le Musée Fabre cultive une politique d’exposition temporaire ambitieuse et variée. Chaque saison, il propose des accrochages d’ampleur nationale, parfois internationale, ancrés dans un dialogue subtil entre collections permanentes, l’actualité artistique et l’histoire du territoire. La scénographie s’appuie sur les qualités intrinsèques des salles : lumière naturelle modulée, volumes généreux, transitions soignées entre espaces, qui accompagnent et amplifient la découverte des œuvres.
Le lieu accueille en moyenne 1 à 2 grandes expositions temporaires par an, inscrivant chacune une dynamique propre. Parmi les plus marquantes :
- « Courbet et la Nature » (2019) : 120 000 visiteurs, exposition coproduite avec le Musée d’Orsay, autour d’un accrochage immersif.
- « Soulages, la puissance créatrice » (2014-2015) : Plus de 150 000 visiteurs, saluée pour sa scénographie mettant en valeur les noirs profonds et la matérialité de l’œuvre.
- « Picasso – Donner à voir » (2018) : Près de 110 000 visiteurs, révélant l’importance des donations Picasso, et une capacité à attirer le jeune public.
À chaque fois, le musée s’appuie sur des prêts exceptionnels, des collaborations avec d’autres institutions prestigieuses (Orsay, Beaux-Arts de Paris, musées espagnols, etc.), et une communication soignée, ancrée localement et relayée au national.
Fréquentation : l’effet catalyseur de la grande exposition temporaire
Les chiffres témoignent d’un impact direct et mesurable de ces expositions sur la fréquentation. Selon la Mairie de Montpellier et la DRAC Occitanie, la fourchette annuelle de visiteurs varie de 160 000 à 230 000 sur une année où une grande exposition est programmée contre 80 000 à 100 000 en année creuse.
| Année | Exposition phare | Nombre de visiteurs annuels |
|---|---|---|
| 2014-2015 | Soulages, la puissance créatrice | 155 000 |
| 2016 | Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme | 120 000 |
| 2019 | Courbet et la Nature | 125 000 |
| 2018 | Picasso – Donner à voir | 110 000 |
| 2020 | Chiffres affectés par le contexte sanitaire (Covid-19) | 58 000 |
Ce dynamisme s’observe particulièrement lors du lancement d’une exposition, où le musée devient un véritable point de ralliement. Les files qui se dessinent devant la façade historique, la montée en puissance sur les réseaux sociaux, l’adaptation des horaires (ouvertures nocturnes, visites guidées supplémentaires) témoignent de l’appel du lieu lorsqu’une œuvre, un artiste ou une thématique singulière fait événement.
Impact sur la fréquentation culturelle locale et territoriale
Un public élargi et diversifié
Les expositions temporaires majeures attirent bien au-delà du public habituel des musées. Plusieurs études menées par la ville et la Région Occitanie montrent une nette augmentation du nombre de primo-visiteurs et la diversification des profils : scolaires, familles, groupes associatifs, touristes venus spécifiquement pour l’exposition (près de 30 % de visiteurs de l’extérieur de l’Hérault pendant les périodes phares, source : Ville de Montpellier).
- Montée en puissance des visites scolaires (près de 10 000 enfants accueillis sur « Courbet et la Nature » en 2019).
- Développement d’offres pour les publics éloignés : ateliers adaptés, visites en LSF, médiation spécifique.
- Augmentation de la fréquentation douce (en dehors des pics), preuve que l’exposition fonctionne comme moteur d’ensemble et pas seulement « événement consommé ».
Effet de rayonnement sur la ville et le territoire
La réussite de ces grands temps forts a des répercussions concrètes :
- Effet « halo » sur la fréquentation des autres lieux culturels – Les analyses menées par Montpellier Méditerranée Métropole montrent qu’une grande exposition au Musée Fabre stimule l’ensemble du secteur : hausse de 10-12 % de la fréquentation des autres musées (Musée Atger, Pavillon Populaire), ainsi que des espaces patrimoniaux et des librairies environnantes.
- Retombées économiques – Les hôteliers et restaurateurs du centre historique observent une fréquentation accrue lors des grandes expositions, notamment en période scolaire et autour des week-ends prolongés.
- Dynamique associative et citoyenne – Les associations culturelles et éducatives se saisissent de la programmation du musée pour construire des projets et inviter leurs publics à découvrir l’institution.
Expérience : comment la scénographie transforme la visite
La spatialité du Musée Fabre, pensée comme un maillage d’espaces patrimoniaux – salons XIXe à boiseries raffinées – et de volumes contemporains baignés de lumière naturelle, constitue un atout majeur pour les expositions temporaires. Chaque grande présentation se déploie en prenant appui sur l’architecture :
- La salle Soulages, enveloppée dans un semi-obscurité, parvient à révéler l’épaisseur des noirs et le travail sur la matière.
- Le circuit Courbet invitait à une promenade entre paysages et natures mortes, amplifiée par la modulation graduelle de la lumière, créant une expérience quasi sensorielle.
- L’exposition « Picasso », quant à elle, exploitait les perspectives et l’ouverture des volumes pour permettre au visiteur d’adopter plusieurs points de vue, à hauteur d’adulte comme d’enfant.
Dans tous les cas, la scénographie devient ici plus qu’un simple dispositif : c’est une réelle expérience de déambulation, où chaque choix spatial (hauteur sous plafond, tonalité des murs, parcours du visiteur) influe sur le rapport à l’œuvre. On ne se contente pas de voir : on traverse, on habite l’espace du musée, le temps de quelques heures. Pour beaucoup, l’entrée dans une grande exposition du Fabre marque un « avant » et un « après » dans leur rapport à l’institution muséale.
Limites et défis : maintenir la dynamique
L’organisation d’une grande exposition temporaire est aussi un défi logistique, humain et financier. Prêts d’œuvres d’exception, coûts d’assurance élevés, nécessité d’une médiation qualitative et renouvelée, gestion accrue des flux de visiteurs : à chaque saison, l’institution doit trouver le juste équilibre entre ambition artistique et viabilité.
Un enjeu fort aujourd’hui : diversifier la programmation pour rester moteur sans épuiser le public. Les responsables du musée évoquent la nécessité de faire coexister des expositions-événements (sujets, artistes du grand répertoire) et des projets plus pointus, dédiés à la scène contemporaine ou à la valorisation de collections moins connues. Cela suppose un dialogue constant avec le territoire et ses acteurs : artistes locaux, structures scolaires, partenaires associatifs.
Perspectives : un musée comme force de transformation
Si le Musée Fabre reste un « pôle d’attraction », il confirme également qu’une exposition temporaire, portée par une intention forte et une scénographie à la hauteur de l’événement, permet non seulement d’augmenter la fréquentation mais aussi de bouleverser le lien à la culture pour un territoire. Le musée se révèle ainsi dans son rôle de médiateur : il rassemble, il guide, il suscite l’émotion et l’engagement.
La multiplicité des publics, la dimension participative des visites, la circulation constante entre espaces patrimoniaux et contemporains, tout cela façonne une expérience qui dépasse le temps court de l’exposition. C’est à Montpellier, dans ce dialogue entre l’histoire, l’architecture et la programmation artistique, que se dessine une certaine idée de la culture : vivante, partagée, réinventée à chaque saison.
Sources :
- Ville de Montpellier (rapports de fréquentation 2014-2023)
- DRAC Occitanie – Chiffres clés de la culture
- Montpellier Méditerranée Métropole – Observatoire culturel local
- Musée Fabre – Dossiers de Presse, archives en ligne, bilans de saison
- Midi Libre, France 3 Occitanie, La Gazette de Montpellier (couverture médiatique des grandes expositions)
Pour aller plus loin
- Le Musée Fabre : cœur battant de la vie artistique montpelliéraine
- Explorer le Musée Fabre : Comment les collections permanentes donnent à voir et à comprendre l’art régional
- Visiter, comprendre, ressentir : immersion dans les musées d’art de Montpellier et de l’Hérault
- Louer un véhicule à Montpellier pour se rendre au théâtre des 13 vents