Explorer le MO.CO. : Panacée et Hôtel des Collections, deux regards sur la création contemporaine à Montpellier

21 janvier 2026

Introduction : Devenir spectateur des lieux, devenir lecteur de la ville

Entrer dans le MO.CO., c’est accepter une double invitation : déambuler dans des espaces qui ouvrent le champ de la création contemporaine et éprouver, à travers l’architecture, la lumière et les circulations, deux regards singuliers sur l’art actuel. Le MO.CO., Montpellier Contemporain, incarne une institution unique en France, articulée autour de trois sites. Deux d'entre eux, la Panacée et l’Hôtel des Collections, forment une constellation à la fois complémentaire et dissonante, chacun affirmant une identité, une mission et une approche curatoriale propre. Comprendre leur fonctionnement et les différences qui les animent, c’est saisir ce qui fait la force d’une scène culturelle en dialogue avec son territoire autant qu’avec la scène internationale.

MO.CO. : un projet en réseau, une vision globale de la création

Né en 2019, le MO.CO. (Montpellier Contemporain) est une institution publique initiée par la Ville de Montpellier, la Métropole, l’Université Paul Valéry et la Région Occitanie. L’ambition, dès le début, est de concevoir un écosystème d’art contemporain articulé autour de trois pôles :

  • La Panacée – espace de création, résidences et expositions dédié aux pratiques émergentes
  • L’Hôtel des Collections – musée présentant des collections internationales et des expositions d’ampleur
  • Le MO.CO. Esba (École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier) – formation supérieure artistique
Si la Panacée et l’Hôtel des Collections sont ouverts au public, chacun se distingue par son approche, sa scénographie, et les publics qu’il vise. Cette structuration en réseau permet de suivre un « parcours de l’œuvre », du geste de l’artiste à sa médiation, de la jeune création à la collection muséale (source : Dossier de presse MO.CO., 2022).

La Panacée : un laboratoire d’expérimentations

Un site ancré dans l’histoire et la fluidité

Installée dans l’ancien Collège royal de Médecine du XVIIIe siècle, la Panacée est un lieu où la réactivation patrimoniale rencontre une scénographie d’une grande souplesse. Au cœur de l’Écusson, labyrinthe montpelliérain, la Panacée accueille le visiteur dans des volumes blancs, traversés par la lumière naturelle. Les espaces, accessibles librement, laissent le regard s’étirer dans des cours, des alcôves, des salles ouvertes. On circule ici sans contrainte, l’œil captant tantôt la rigueur du bâti, tantôt la fantaisie d’une installation, la matière d’un sol ancien ou le velouté d’un rideau contemporain.

Ce choix d’implantation et d’agencement influence grandement la façon dont la création s’y expose: la Panacée privilégie un rapport immédiat, évolutif, où l’œuvre s’adapte à l’environnement et non l’inverse. L’absence de cloisonnement strict favorise les regards croisés, les dialogues spontanés, la découverte fortuite.

Programmation : la vitalité des pratiques émergentes

La Panacée porte une mission claire : soutenir la jeune création, explorer la pluralité des médiums, donner place à l’expérimentation. Ce sont ainsi de jeunes artistes, locaux ou internationaux, mais encore peu institutionnalisés, qui trouvent ici un terrain d’expression. La programmation répond souvent à une logique de thématiques prospectives, mettant en avant des enjeux contemporains : écologie, mutation des corps, rapports à la technologie, nouvelles narrations.

  • Expositions collectives explorant l’actualité artistique
  • Résidences d’artistes, développant des projets « in situ »
  • Evénements hybrides : performances, lectures, ateliers, festivals

On y retient, par exemple, les programmations pluridisciplinaires telles que “universalisme” (2020), rassemblant 32 artistes de 14 pays, réflexion sur la circulation des idées d’un continent à l’autre ; ou encore la saison “Oracles du Possible” (2022-23), qui proposait au public de s’emparer des œuvres pour questionner l’avenir commun (source : franceinfo.culture).

La Panacée fonctionne ainsi comme une « chambre d’essais », flexible, réactive aux urgences du présent. Les commissaires y adoptent souvent une posture de médiateur, concevant des dispositifs immersifs et mouvants, où chaque visite devient une expérience sensible, jamais figée.

L’Hôtel des Collections : la puissance du dialogue muséal

Un palais urbain réinventé, une monumentalité dialogique

L’Hôtel des Collections investit un prestigieux bâtiment du XIXe siècle (l’ancien Hôtel Montcalm, place de l’Europe), restauré pour devenir le plus vaste musée de France dédié exclusivement à l’exposition de collections privées d’art contemporain (surface : plus de 4 000 m2 d’exposition, Source : MO.CO.).

L’accès se fait par un parvis sobre, avant de pénétrer dans des enfilades de vastes salles, chacune pensée pour accueillir l’ampleur et la diversité des œuvres. Ici, la monumentalité du lieu impose d’emblée une autre échelle, une concentration, une disponibilité accrue du regard. La circulation, plus linéaire et balisée que celle de la Panacée, reflète cette vocation muséale : chaque passage est conçu pour mettre en valeur les trajectoires, les accrochages, la générosité des collections.

Programmation : l’art de la collection et le récit du collectionneur

L’Hôtel des Collections se distingue par une programmation bâtie autour d’expositions-événements, issues de collections privées venues du monde entier : Fondation Zinsou (Bénin), Contemporary Art Foundation de Tokyo, Biennale de Lyon, ou des collections européennes d’avant-garde.

  • Expositions monographiques ou thématiques sur des corpus majeurs
  • Rencontres avec des collectionneurs, commissaires internationaux
  • Médiations approfondies (visites conférences, catalogues de référence, dispositifs numériques)

Contrairement à la Panacée, le rôle du commissariat s’attache ici à révéler un fonds, un regard singulier, parfois l’histoire d’une passion : “Cosmogonies, Zinsou, une collection africaine”, en 2019, retraçait le dialogue entre la scène contemporaine béninoise et la perspective d’un collectionneur ; tandis que “Mecarõ. L’Amazonie dans la collection Petitgas” (2020–21) proposait une plongée dans l’intimité d’œuvres rares, souvent jamais exposées en France.

Le geste curatoriale consiste, sur ce site, à contextualiser, à remettre en perspective, à faire sentir la « chair » de la collection : provenance, choix du collectionneur, tensions entre œuvres phares et pièces confidentielles. L’accent n’est plus mis sur la seule pratique émergente, mais sur la valeur de l’assemblage, l’épaisseur du récit construit par l’acte de collectionner.

MO.CO. Panacée / Hôtel des Collections : différences d’approche curatoriale

Deux postures curatoriales

MO.CO. Panacée MO.CO. Hôtel des Collections
Statut Centre d’art Musée d’expositions
Public privilégié Amateurs, curieux, jeunes publics, étudiants Public averti, amateurs d’art, collectionneurs, touristes internationaux
Nature des œuvres Création émergente, in situ, processus en devenir Œuvres institutionnelles, collections d’envergure, corpus identifiés
Rôle du commissaire Accompagnateur, facilitateur, créateur de liens Contextualisateur, narrateur, historien de la collection
Scénographie Souple, modulable, espaces ouverts Monumentale, organisée, parcours linéaire
Médiation Ateliers, performances, visites dynamiques, formats courts Conférences, catalogues, parcours commentés, dispositifs numériques
Temporalité Courte ou moyenne durée, renouvellement fréquent Temps long (expositions de plusieurs mois), œuvres « installées »

Retours d’expérience et perception des publics

  • A la Panacée : L’expérience du visiteur est celle d’une immersion dans un « work in progress », où l’on peut croiser les artistes en résidence, participer à des ateliers, voir évoluer les installations. Beaucoup de jeunes publics s’emparent des lieux à l’occasion de festivals, de nocturnes ou de workshops tournés vers le dialogue.
  • À l’Hôtel des Collections : Le rapport est plus contemplatif, le ressenti parfois proche du recueillement, augmenté par la dimension spectaculaire de certaines expositions. Les dispositifs de médiation y sont plus didactiques, conçus pour accompagner une découverte approfondie de corpus rares ou inédits. Plusieurs retours de visiteurs mentionnent le caractère “international” de la programmation, moteur d’attractivité touristique pour la ville (source : La Gazette de Montpellier, interviews 2023).

MO.CO. au cœur de Montpellier : faire résonner les espaces et les approches

La dualité Panacée/Hôtel des Collections éclaire un projet de territoire, où la culture n’est jamais pensée hors-sol. Les deux sites dialoguent en permanence : la fluidité, la jeunesse et l’ouverture de la Panacée s’articulent à la densité, au patrimoine et à la résonance internationale de l’Hôtel des Collections. En traversant ces espaces, on expérimente la possibilité d’habiter la culture dans ses rythmes, ses tentatives, ses mémoires. C’est aussi une invitation à devenir lecteur attentif de la ville : chaque lieu module différemment la relation au temps, à l’autre, à l’œuvre.

Le MO.CO. réussit ainsi à tisser une carte sensible et exigeante de la création contemporaine : une expérience qui ne cesse de se réinventer et qui, à l’échelle de Montpellier et de l’Hérault, contribue puissamment au rayonnement du territoire, tout en restant attentif à ses habitants, ses jeunes artistes, ses visiteurs de passage et ses collectionneurs en quête de découvertes rares.

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