Au cœur de Montpellier : le MO.CO., laboratoire vivant de l’art contemporain

17 janvier 2026

Une institution pensée comme un territoire : panorama du MO.CO.

Dans le foisonnement culturel de Montpellier, le MO.CO. (Montpellier Contemporain) s’impose depuis 2019 comme une entité pionnière, à la fois institution et écosystème, entièrement dédiée à l’art contemporain. Plus qu’un simple musée, il se définit comme un dispositif rassemblant trois sites — l’Hôtel des Collections, MO.CO. Panacée et les ateliers de la formation MO.CO. Esba — réunis sous une même dynamique : celle de faire circuler les œuvres, les créateurs et les publics dans un dialogue vivant avec l’espace urbain. Né sous l’impulsion d’un projet politique porté par la Métropole et la Ville, le MO.CO. cristallise une ambition rarement égalée dans le territoire héraultais : transformer la façon dont l’art se partage, s’expose et s’appréhende par tous. Cette architecture institutionnelle, singulière par son ampleur régionale, vise clairement à redéfinir l’expérience artistique tout en s’inscrivant dans l’histoire urbaine et architecturale de Montpellier.

L’architecture comme expérience : volumes, flux, héritage

L’un des traits les plus remarquables du MO.CO. réside dans son rapport au bâti et aux lieux. Chaque site possède une identité architecturale forte, qui façonne l’expérience sensorielle du visiteur :

  • MO.CO. Hôtel des Collections – Installé dans un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle (l'hôtel Montcalm), à deux pas de la gare Saint-Roch, le bâtiment a été réhabilité par Philippe Chiambaretta (PCA-Stream) pour faire dialoguer histoire et modernité : volumes sobres, lumière naturelle, circulation fluide entre salons et galeries. Le public est ainsi invité à passer d’un salon muséal à l’autre, multipliant les points de vue sur les œuvres, avec, parfois, la sensation d’évoluer dans un espace domestique autant que muséal. Ce choix architectural, loin d’un « cube blanc » conventionnel, donne à chaque exposition des résonances spécifiques, entre passé et contemporain (Le Monde, 2019).
  • MO.CO. Panacée – Ancien hospice devenu centre d’art et de vie, la Panacée développe des volumes hybrides faits de cours, de couloirs à géométrie variable, d’espaces propices à l’expérimentation. La lumière s’y diffracte sur le béton brut et les verrières, créant une ambiance à la fois intime et collective. On y ressent une volonté d’ouvrir la création à la ville, comme en témoignent la terrasse, l’accueil-café et le jardin.

À travers ces lieux, le MO.CO. expérimente donc des modes de circulation qui rendent le public acteur de sa découverte, l’invitant à traverser, s’arrêter, explorer, plutôt qu’à simplement consommer une succession d’œuvres.

Une programmation sans collection : l’art de la mise en scène

Le trait sans doute le plus singulier du MO.CO. est de n’abriter aucune collection permanente, mais d’être dédié à la « collection invitée » et à la valorisation de collections privées ou publiques du monde entier. Chaque exposition devient une scène éphémère, où les œuvres dialoguent entre elles dans un accrochage conçu in situ. Ce modèle, rare en France, trouve peu d’équivalents en dehors de la Fondation Gulbenkian à Lisbonne ou du CCA à Glasgow. Il répond au désir de renouveler le regard sur l’art contemporain : casser la linéarité du parcours, questionner la temporalité de l’exposition, donner toute sa place à la scénographie – et, ainsi, redonner vie à des ensembles parfois habituellement cachés (France Culture).

  • Expositions remarquées : Ainsi, dès son ouverture, le MO.CO. a frappé fort en exposant la collection japonaise Ishikawa en 2019, puis la collection Ivanka-Primavera en 2020, rendant visibles au public des œuvres rarement présentées hors de leur continent d’origine.
  • Expérimentations scénographiques : Les commissaires invités disposent d’une liberté importante pour imaginer les dispositifs de présentation. On a ainsi pu voir des installations monumentales, des scénographies immersives ou dialoguant subtilement avec les moulures anciennes des salons.

Cette programmation en forme de « laboratoire » replace la question de la médiation au centre. Le public n’est plus face à un discours figé, mais explorateur d’expériences sans cesse renouvelées.

Un territoire à l’écoute de son époque : publics, accès, dynamique locale

À Montpellier, le MO.CO. s’attache à repenser l’accueil du public — habitant, scolaire, amateur averti ou simple promeneur. Dès l’entrée, on perçoit une volonté d’effacer la frontière entre l’institution artistique et la ville : la billetterie est intégrée à un espace polyvalent, les horaires sont étendus, la programmation d’événements gratuits ou accessibles à tous rythme la vie du lieu. Le travail de médiation s’y incarne dans des formes multiples :

  • Visites libres ou accompagnées, souvent sans jargon, pensées comme des invitations à la curiosité plus que des leçons magistrales.
  • Ateliers pour tous les âges, en collaboration avec les écoles, les associations de quartier, les universités (plus de 8000 enfants accueillis dès la première année d’existence, Midi Libre).
  • Rendez-vous réguliers avec les artistes lors de temps forts, inaugurations, ou « performances surprises ». Le site MO.CO. Panacée se positionne fréquemment en laboratoire pour la jeune création et la recherche universitaire issue de MO.CO. Esba.

Ce fonctionnement décloisonné s’articule avec une politique tarifaire attractive — gratuité pour les moins de 18 ans, tarifs réduits étendus —, affirmant la vocation du MO.CO. à être non un sanctuaire, mais un « atelier ouvert sur la cité ».

Le MO.CO. dans le paysage héraultais : interconnexions et rayonnement

À l’échelle du département de l’Hérault, le MO.CO. s’inscrit dans un maillage d’acteurs locaux que sont le musée Fabre, le centre d’art La Fenêtre, ou les festivals tels que Drawing Room ou Printemps des Comédiens. Mais il opère à la fois comme un pôle de ressources (platform à destination des professionnels, des artistes en résidence) et comme un vecteur de visibilité internationale. Son programme «MO.CO. On tour» développe des interventions hors les murs : expositions satellites à Sète, Béziers ou Lunel, ateliers dans des équipements non dédiés, rencontres.

Réseaux et partenaires du MO.CO. Actions ou expositions hors les murs
Musée Fabre (Montpellier) Collaboration sur les parcours d’art contemporain en ville
Ville de Sète Ateliers d’artistes et expositions itinérantes (2023)
Université Paul Valéry Journées de recherche/action sur la création émergente
Écoles et associations du département Cycles d’interventions dans les quartiers et lycées

Par ce jeu de correspondances, le MO.CO. densifie le paysage culturel héraultais et pose la question : comment une institution peut-elle faire communauté autour de l’art, au-delà de ses murs ?

Démarche environnementale et inscription dans l’urbanité

Le MO.CO. s’inscrit aussi dans une réflexion sur la durabilité, la sobriété énergétique, les circuits courts : choix de matériaux à faible impact lors de la rénovation de l’Hôtel des Collections (bois, pierres locales, limitation du béton neuf), mutualisation de certains équipements techniques, et orientation vers des pratiques scénographiques réutilisables. L’enveloppe extérieure, traitée dans un esprit de continuité urbaine avec la gare Saint-Roch, témoigne d’un souci de « couture architecturale », refusant la rupture entre ville et espace muséal. L’esprit du lieu se traduit ainsi dans une politesse de la circulation, un soin porté à la lumière naturelle et à l’accueil des mobilités douces (parking vélo, accès piéton, proximité du tram).

Innovation et équilibre : entre racines locales et flux internationaux

Le MO.CO. incarne cette tension féconde, animant le débat sur la place de l’art dans la cité. En résistant à la tentation du spectacle pur, il préfère déployer des espaces d’attention, où l’expérience artistique se construit souvent dans la durée, l’intervalle, la résonance. Sa capacité à faire de Montpellier un terrain d’innovation en matière d’exposition — tant du point de vue spatial que de la programmation — ouvre des perspectives intéressantes pour d’autres villes du territoire.

Perspectives : l’art contemporain comme vecteur de lien territorial

En se positionnant comme une « collection vivante » et un laboratoire d’expériences partagées, le MO.CO. transforme notre rapport à l’art, faisant de tout visiteur un explorateur du présent. Il invite ainsi à renouveler notre curiosité, à franchir de nouvelles portes — et, ce faisant, contribue à dessiner, dans l’Hérault, une géographie sensible où la culture irrigue en profondeur l’espace urbain et social. En pratiquant le MO.CO., on comprend qu’un lieu culturel ne se résume pas à ses murs, mais s’imprime dans nos parcours, réinvente le lien au territoire, et fait de l’art une aventure collective et sensorielle.

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