Le MO.CO. Hôtel des Collections : Derrière les Portes, le Théâtre des Expositions Majeures

7 février 2026

Entrer au MO.CO. Hôtel des Collections : spatialité et vocation d’un lieu-étendard

Situé sur l’avenue de la Liberté, aux abords immédiats du centre de Montpellier, le MO.CO. Hôtel des Collections s’impose comme un pivot du panorama culturel local depuis son ouverture en 2019. Pensé sous l’impulsion de la Métropole et de la Ville, et conçu par l’architecte Philippe Prost, ce bâtiment au passé hôtelier (l’ancien Hôtel Montcalm, construit en 1897) incarne aujourd’hui un espace d’accueil, de rencontre et de circulation pour tout amateur d’art contemporain et de vastes collections internationales (MO.CO.).

Ses volumes généreux, traversés de lumière naturelle, invitent à l’exploration. La scénographie, transformée à chaque accrochage, dialogue constamment avec la noblesse classique de l’édifice : hauts plafonds, perspectives ouvertes, matériaux chaleureux ou, parfois, contraste assumé avec la rugosité des structures métal et béton. Le lieu ne se contente pas d’être un simple « conteneur » : il agit comme un filtre, influençant la perception des œuvres et participant à l’expérience de visite.

Programmation et positionnement : les expositions-événements du MO.CO.

Contrairement à de nombreux musées qui puisent principalement dans leurs propres fonds, le MO.CO. Hôtel des Collections s’est spécialisé dans l’accueil de collections privées ou publiques venues du monde entier : la collection du Centre National des Arts Plastiques (Paris), celle de la Sandretto Re Rebaudengo (Turin), de la Fondation Zinsou (Bénin), ou encore de la Fondation Carmignac (Porquerolles), entre autres. Chaque exposition constitue une plongée, parfois inédite, dans un patrimoine rarement visible en France.

Exposition Date Collection Thème dominant
100 Artists in the City 2022 Œuvres internationales Ville, mondialisation, urbanité
Cosmogonies – Zinsou, une collection africaine 2019 Fondation Zinsou (Bénin) Identités africaines contemporaines
Distances intimes 2023 Collection Centre d’art contemporain – La Panacée Intimité, isolement, interaction humaine
Univers – Fondation Carmignac 2024 Fondation Carmignac Société, écologie, spiritualité

Chacune de ces expositions majeures est définie par trois axes : le choix des œuvres, la puissance du récit scénographique et la capacité à mobiliser des dispositifs immersifs favorisant l’expérience sensible du visiteur.

Dispositifs scénographiques : la mise en espace comme langage

Le choix scénographique au MO.CO. Hôtel des Collections se distingue par la fluidité qu’il propose de salle en salle, opérant une transition subtile entre immersion, contemplation, confrontation parfois. Les dispositifs se déclinent en plusieurs intentions :

  • Mise en tension entre monumentalité et intimité : certaines expositions, comme «Cosmogonies», adoptent de vastes cimaises et volumes pour souligner la force politique ou sociale des œuvres. D’autres, telles que «Distances intimes», privilégient des alcôves, des espaces clos, propices à la confidence ou à la méditation.
  • Relation à la lumière et au parcours : les jeux d’ombre et de lumière sont pensés pour guider l’œil, ralentir la progression ou, au contraire, créer des perspectives qui appellent au déplacement. Certains éléments, comme des vitrines basses ou des plans inclinés, proposent une relation corporelle à l’art – il faut s’accroupir, contourner, faire le tour de l’œuvre pour l’appréhender dans sa totalité.
  • Participation active du public : dans plusieurs expositions, des dispositifs interactifs invitent à écrire, questionner, parfois même à manipuler certains éléments – comme dans l’exposition «100 Artists in the City», où le visiteur est parfois acteur d’une histoire collective reconstituée.
  • Prise en compte des flux : l’architecture du lieu (larges escaliers, sas d’entrée, vastes halls) accueille autant des déambulations solitaires qu’une fréquentation importante, notamment lors de vernissages ou de Nuit européenne des musées (50 000 visiteurs annuels, données Ville de Montpellier).

Ainsi, la scénographie n’est pas pensée comme un simple support, mais comme un véritable récit, où chaque dispositif devient un point de contact possible entre l’œuvre, l’espace et le visiteur.

Œuvres marquantes : diversité, intensité, récit pluriel

Chaque exposition est l’occasion d’extraire quelques pièces fortes, reflets de l’intention curatoriale du MO.CO. et de ses partenaires, et de la variété des mediums employés : peinture, installation, vidéo, sculpture, photographie. Quelques exemples emblématiques :

  • El Anatsui, «Earth Shedding Its Skin» : cette œuvre-bannière monumentale composée de capsules de bouteille cousues, exposée lors de «Cosmogonies», incarne la notion de transformation, tout en dialoguant avec le poids de l’histoire coloniale. Son installation dans l’ancien salon d’honneur du MO.CO. offre un double effet : solennité et vibrance organique.
  • Jean-Michel Basquiat, «Untitled» (exposition Fondation Carmignac) : une pièce phare mêlant énergie brute, écriture picturale et engagement politique. Sa présence, exceptionnelle à Montpellier, donne au lieu une dimension capitale sur le circuit des grandes expositions nationales.
  • Video Room, Douglas Gordon : dans «Distances intimes», cette salle plongée dans la pénombre, où l’on fait face à une installation vidéo sur double écran, induit une désorientation temporelle et sensorielle propre à interroger les notions d’intimité et de mémoire.
  • Installation collaborative «Paysages partagés» : dans le cadre de «100 Artists in the City», une diagonale de photographies et de projections, construites à partir de la participation de plusieurs collectifs montpelliérains, questionne la notion de territoire vécu et perçu, du quartier Figuerolles à la Petite Camargue.

À chaque fois, le choix de la salle d’accueil, de l’accrochage, du fond sonore et de la lumière sont pensés pour renforcer le propos porté par l’œuvre.

Grands thèmes dominants : entre territoire, altérité et mémoire collective

Si la diversité prévaut dans la programmation du MO.CO. Hôtel des Collections, trois grands fils conducteurs s’observent dans la majorité des expositions :

  • Territoire et mondialisation : que ce soit dans les références urbaines de «100 Artists in the City» ou les relectures de l’Afrique contemporaine chez Zinsou, la question du lieu (ancrage, migration, frontières) occupe une place centrale. Les œuvres dialoguent avec l’actualité de Montpellier, ville-monde, et interrogent la tension entre enracinement local et circulations globales.
  • Altérité, identité, récit individuel : la figure de l’autre, la question du genre, des marges ou des héritages culturels sont explorées dans nombre de pièces. Le parcours épouse la logique de l’exposition pour offrir au visiteur des « zones-proximités » favorisant une expérience incarnée du regard différent (cf. «Distances intimes»).
  • Mémoire, histoire et transmission : la majorité des collections convoque mémoire personnelle et récit collectif, souvent à travers des installations monumentales, archives revisitées ou dialogues avec des œuvres classiques (la confrontation Basquiat/Anatsui en est l’exemple marquant).

Le choix des thématiques, toujours étayé par des partenariats forts (Fondation François Pinault, Musée d’Art Moderne de Varsovie, etc.), accorde au MO.CO. Hôtel des Collections une voix singulière dans le paysage français, loin de la simple juxtaposition esthétique.

Temps forts et attractivité : la place du public dans le dispositif

Le MO.CO. Hôtel des Collections ne se contente pas d’exposer – il met en place une véritable « hospitalité culturelle ». Des dispositifs de médiation (rencontres, ateliers-jeunes publics, visites guidées bilingues, tables rondes avec artistes ou collectionneurs) animent chaque saison et participent à l’attractivité du lieu (source : MO.CO.).

Quelques chiffres révélateurs :

  • Environ 50 000 visiteurs annuels, dont 15 % scolaires
  • Près de 80 ateliers ou visites organisés chaque année
  • Des rencontres régulières avec plus de 100 artistes depuis l’ouverture
  • Un taux élevé de visiteurs primo-arrivants, venus découvrir non seulement les œuvres, mais aussi l’architecture et l’ambiance du lieu
Le rapport au public est soigné : espaces de repos au cœur des expositions, librairie spécialisée ouverte sur le hall, café-cour, parcours-jeu pour les enfants. Ici, la circulation est pensée pour ralentir – inviter à s’arrêter, à partager, à revenir.

Perspectives : un lieu-écrin pour les questionnements contemporains

Le MO.CO. Hôtel des Collections s’est imposé – en quelques années seulement – comme un acteur clé de la scène culturelle montpelliéraine et nationale. Sa programmation ambitieuse, la qualité de ses dispositifs et la pertinence de ses thématiques offrent un espace rare : celui où l’expérience esthétique est inséparable de l’ancrage dans un territoire, et où la visite se prolonge souvent bien au-delà des salles, dans la mémoire du visiteur comme dans le tissu urbain qui l’environne.

Lieu d’étonnement, de découvertes et de méditation partagée, il invite chacun à reconsidérer – le temps d’une exposition – sa propre manière d’habiter l’art et l’espace. Derrière les murs classiques de l’ancien hôtel, la culture s’invente, se transforme et se transmet, à l’échelle de Montpellier et bien au-delà.

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