Les enjeux scénographiques : valoriser, révéler, questionner
Adapter l’espace à l’œuvre, non l’inverse
L’un des enjeux récurrents du travail scénographique au MO.CO. réside dans la capacité à adapter les dispositifs d’exposition à la diversité des formats, médiums et intentions artistiques. La variété des espaces (salles longues, cubes, alcôves, zones de hauts plafonds) impose de composer chaque mise en scène selon :
- Les dimensions et poids des œuvres (certains prêts internationaux impliquent des impératifs logistiques exigeants)
- La lumière : naturelle dans certaines pièces, zénithale ou tamisée ailleurs selon l’accord avec les artistes et les commissaires
- L’acoustique : certains artistes travaillent le son, d’autres réclament un silence préservé
- La “respiration” offerte au visiteur — zones de transition, points d’assise, ouvertures sur le jardin
Selon la nature de chaque collection invitée, la scénographie varie du minimalisme le plus dépouillé (soutenant la contemplation) aux dispositifs plus immersifs, parfois interactifs. La souplesse offerte par le bâtiment, pensée dès la réhabilitation, est à ce titre un atout rare.
Lumière, matière, circulation : les trois clés du regard
Au MO.CO., la gestion de la lumière constitue un véritable langage scénographique. Des rideaux occultants, des filtres diaphanes, mais aussi des angles de réflexion soigneusement étudiés participent d’une sorte de dramaturgie du visible. On y passe du plein jour à la semi-obscurité, du filtre mat du verre au grain éclatant des cimaises. Ce parti-pris, constant dans les expositions, vise moins à “mettre en valeur” qu’à encourager la rencontre : voir l’œuvre se révéler au fil du déplacement, la laisser émerger plutôt que l’imposer d’emblée.
La manière dont la matière des supports (murs, socles, podiums) entre en contact avec celle des œuvres ne relève jamais de la neutralité : elle participe de la tactilité du regard. Exemple frappant, lors de l’exposition « La Collection Shchukin » (2021), l’alternance entre bois clair et béton anthracite créait une tension visuelle entre “intimité feutrée” et “présence brute”, renforçant l’identité propre de chaque section.
Le parcours du visiteur est imaginé comme une dramaturgie paisible : la scénographie privilégie l’invitation à errer, à bifurquer, à revenir sur ses pas. On contourne plus qu’on ne traverse, on explore plutôt qu’on consomme. La circulation volontairement non-linéaire encourage la relecture personnelle du corpus exposé.