Dix expositions contemporaines ayant façonné Montpellier et l’Hérault : architecture d’un territoire vivant

Le guide vivant des scènes et lieux culturels du 34

1. 100 artistes dans la ville (2019) – L’art investit Montpellier

Impossible de ne pas débuter cette exploration par l’insolente vitalité de “100 artistes dans la ville”, vaste exposition collective orchestrée à l’initiative de la galerie Aperto (avec le soutien de la Ville et de Montpellier Métropole). Cinquante ans après la première édition qui marqua la mémoire urbaine, la manifestation a réuni, durant l’été 2019, une constellation d’œuvres en extérieur, dans des lieux emblématiques ou inattendus. Places publiques, parcs, façades, vitrines et même l’emblématique Hôtel Saint-Côme, ont été investis, générant une circulation inédite des publics.

Au-delà de l’événement, l’initiative a inspiré d’autres villes et questionné la place du geste artistique dans le quotidien urbain.

2. Simone Fattal, “La plus belle chose du XXIe siècle” (MO.CO. Panacée, 2022)

Dans la lumière ouatée des vastes salles de La Panacée, Simone Fattal proposait une traversée entre paysages méditerranéens, figures archétypales et œuvres céramiques. L’espace, sobre, laissait respirer chaque installation, accentuant la tension entre fragilité et monumentalité qui habite l’œuvre de l’artiste franco-syrienne.

3. “Nous les arbres” – MO.CO. Hôtel des Collections, 2023

Alors que la question écologique s’immisce partout, cette exposition manifeste réunissait des dizaines d’artistes autour de la figure de l’arbre, ses mythologies, son urgence. L’Hôtel des Collections, avec la majesté de ses volumes (2 800 m²), s’est transformé en forêt intérieure, sensiblement aménagée par une scénographie immersive.

Un moment fort, emblématique de la démarche du MO.CO. : fédérer des enjeux globaux dans des espaces patrimoniaux transformés.

4. Venere Obscura, Paul-Armand Gette – Carré Sainte-Anne, 2015

Avant sa fermeture, le Carré Sainte-Anne avait l’art d’accueillir des propositions aussi radicales que polysémiques. En 2015, Paul-Armand Gette avait investi l’espace monumental de l’ancienne église avec “Venere Obscura” : une série de sculptures, d’installations et de documents autour des figures féminines et du sacré.

5. “Influences” – Musée Fabre, 2021

Le Musée Fabre, fidèle à sa mission de dialogue entre l’ancien et le moderne, organisait en 2021 une exposition remarquable sur les “Influences” entre la peinture contemporaine et l’héritage du XIXe siècle.

Cette exposition a souligné la capacité de Fabre à inscrire la création actuelle dans un patrimoine muséal vivant.

6. Fabienne Verdier, “Sur les terres du vivant” – Domaine départemental de Bayssan, 2022

Situé aux portes de Béziers, le Domaine de Bayssan s’est hissé au rang de site culturel d’envergure ces dernières années. L’exposition de Fabienne Verdier, tout en fluidité et puissance, a transformé la salle d’exposition temporaire en un espace de méditation plastique. Les grands formats réalisés in situ ont dialogué avec la lumière changeante du site et le paysage extérieur.

7. Candice Breitz, “Love Story” – MO.CO. Panacée, 2018

La Panacée, laboratoire de la création contemporaine, a accueilli en 2018 la vidéaste sud-africaine Candice Breitz pour une installation monumentale : “Love Story”.

Cette installation a marqué les esprits par sa puissance émotionnelle et son dispositif scénographique immersif (source : Mouvement, 2018).

8. “En belle compagnie… Hommage à Bernard Schotter” – FRAC Occitanie Montpellier, 2016

Le FRAC Occitanie Montpellier, installé dans un bâtiment à la fois épuré et ouvert, a rendu hommage, en 2016, à son fondateur historique, Bernard Schotter. L’exposition, collective et foisonnante, réunissait les œuvres d’artistes ayant marqué la programmation du lieu depuis sa création.

9. Jeunes artistes Occitanie – “Génération Montpellier” – MO.CO. Esba et partenaires, 2022-2023

Sous ce titre, plusieurs expositions se sont tenues, portées par le MO.CO., l’Esba (École supérieure des Beaux-Arts), la Halle Tropisme et les galeries associatives. Elles ont mis en lumière une nouvelle génération de plasticiens ancrés dans la région.

Ce maillage foisonnant témoigne de la vitalité d’un écosystème local tourné vers la création collective.

10. “Architecture et paysages sonores” – Pavillon populaire, 2018

Le Pavillon populaire, lieu municipal dédié à la photographie et aux arts visuels, a proposé en 2018 une exposition aussi atypique qu’introspective sur le thème “Architecture et paysages sonores”. À partir de photos, d’enregistrements et de dispositifs interactifs, le visiteur explorait la question de l’ambiance sonore des villes et de l’influence de l’architecture sur notre manière d’écouter.

Tableau récapitulatif : dix ans, dix lieux, dix trajectoires

Exposition Lieu Année Particularité
100 artistes dans la ville Montpellier (espaces publics) 2019 Ville entière comme espace d’exposition
Simone Fattal, “La plus belle chose…” MO.CO. Panacée 2022 Parcours méditatif, céramique et sculpture
Nous les arbres MO.CO. Hôtel des Collections 2023 Scénographie immersive autour de l’écologie
Venere Obscura, Paul-Armand Gette Carré Sainte-Anne 2015 Débat sur l’art contemporain et le patrimoine
Influences Musée Fabre 2021 Dialogue entre XIXe et contemporain
Fabienne Verdier, “Sur les terres du vivant” Domaine départemental de Bayssan 2022 Création in situ, résonance avec le paysage
Candice Breitz, “Love Story” MO.CO. Panacée 2018 Immersion vidéo, parole des exilés
En belle compagnie… FRAC Occitanie Montpellier 2016 Rétrospective, hommage au fondateur
Génération Montpellier MO.CO. Esba + partenaires 2022-23 Jeune création, scènes émergentes
Architecture et paysages sonores Pavillon Populaire 2018 Photographie, installation sonore

Ouverture : vers de nouveaux espaces, de nouvelles histoires

Si l’on observe ce qui relie ces dix expositions, au-delà de la diversité des disciplines et des formats, un même fil conducteur se tisse : celui de lieux ouverts sur le dialogue et l’expérience sensible, où la programmation dépasse la simple exposition pour générer une rencontre entre architecture, public et territoire. Montpellier et l’Hérault se distinguent par la capacité de leurs institutions et acteurs indépendants à inventer de nouvelles formes d’habiter l’espace culturel, souvent en prise directe avec les séductions mais aussi les turbulences du temps présent. Chacune de ces expositions a transformé, parfois durablement, le regard que l’on porte sur les arts et sur les lieux qui leur servent d’écrin.

À bientôt pour de nouvelles traversées d’espaces, à la découverte d’une culture en mouvement, à l’écoute des lieux et de ceux qui les inventent chaque jour dans l’Hérault.

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