Naissance et identité du musée : inscrire l’art brut dans le territoire héraultais
L’invention du terme « art brut », par Jean Dubuffet dans les années 1940, désignait une production volontairement placée hors des circuits de l’art traditionnel : des œuvres réalisées souvent par des autodidactes, des personnes marginalisées, internées ou isolées, pour qui la création n’obéit à aucun diktat académique ou marchand. À Montpellier, cette acception radicale irrigue la philosophie du musée : collecter, conserver et diffuser l’art né « hors du champ culturel normalisé », en valorisant ses auteurs sans folklore ni misérabilisme.
La collection s’est constituée à partir de donations majeures, notamment celle de la collectionneuse montpelliéraine Marguerite Soubeyran, qui a rassemblé plus de 700 pièces d’art brut durant sa vie. Plusieurs œuvres proviennent aussi du fonds du psychiatre Jacques Leclercq, célèbre pour son engagement auprès des créateurs internés à l’hôpital psychiatrique de Laverune, non loin de Montpellier. Cette dimension locale est fondamentale : elle permet de tisser un réseau de résonances entre des destins individuels et l’histoire collective du territoire.
Depuis son ouverture en 2019, le musée s’inscrit dans une politique volontariste : il développe des liens durables avec les structures médico-sociales, les écoles, les associations d’artistes. L’objectif n’est pas seulement d’exposer, mais de faire dialoguer : la programmation s’oriente aussi bien vers l’accueil de classes que vers l’organisation de rencontres avec des patients d’établissements psychiatriques, invitant à déconstruire les frontières supposées entre « normalité » et « anormalité » créatrice (France Culture, 2021).